Les frères Ladevant : retour sur la saison 2026 Tā Energy

Les frères Ladevant : retour sur la saison 2026


La saison 2026 d'escalade sur glace a une nouvelle fois confirmé l'exigence du haut niveau. Entre performances marquantes et gestion des imprévus, les frères Tristan et Louna Ladevant ont vécu un hiver intense.

Dans cet échange, de la préparation physique à la nutrition, en passant par la gestion du stress et des blessures, ils nous livrent un regard sincère sur leur quotidien d'athlètes et sur la réalité de leur sport.

Pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore, comment avez-vous découvert l'escalade sur glace et qu'est-ce qui vous a donné envie d'en faire à haut niveau ?

Louna : « Cela fait maintenant plus de dix ans que nous participons aux compétitions internationales, notamment aux Coupes du monde. Mais à la base, tout a commencé par l'escalade « classique », que nous pratiquons depuis plus de quinze ans.

Ensuite, petit à petit, nous avons découvert l'escalade sur glace. C'est venu assez naturellement, notamment grâce aux films de montagne que nous regardons dans des festivals. Mon frère, Tristan, a rencontré à l'époque un entraîneur de l'équipe jeune d'escalade sur glace, ce qui l'a poussé à essayer. Je l'ai rejoint un an plus tard, et au début, ce n'était pas du tout dans une optique de compétition. L'idée était surtout de progresser en montagne, d'apprendre à manier les piolets et de gagner en technique. Puis, au fil des années, on s'est vraiment pris au jeu. Ce qui était au départ un simple apprentissage est devenu un objectif : performer en Coupe du monde. »

 

Le travail et l'entraînement

À quoi ressemble votre semaine type d'entraînement et quels sont les aspects les plus exigeants dans votre préparation ?

Louna : « La période la plus intense se situe généralement à l'automne. C'est là qu'on accumule le plus de volume d'entraînement. En fonction de la planification de notre entraîneur, Rémi Sarmin, on peut monter entre 20 et 35 heures par semaine sur les phases plus grosses. Notre préparation est très complète. On mélange à la fois du travail très spécifique (donc la pratique pure de l'escalade sur glace) avec de la préparation physique : musculation, cardio, etc. C'est une discipline qui sollicite vraiment tout le corps. On a besoin de force pure sur certains mouvements très explosifs, mais aussi d'une forme d'endurance. Même si les efforts ne sont pas très longs, il faut être capable de tenir dans la durée et d'avoir une certaine marge physique. »

Comment adapter votre entraînement pendant les périodes de compétition et de déplacement ?

« Pendant la saison, ce n'est plus du tout la même logique. Les grosses charges d'entraînement sont derrière nous. On entre dans des phases d'affûtage et d'entretien. L'idée, c'est de garder le niveau acquis sans accumuler de fatigue. On fait donc des séances plus courtes, très qualitatives, avec aussi pas mal de repos. C'est un équilibre assez délicat : il ne faut ni régresser, ni se fatiguer. Même en déplacement, on continue à s'entraîner un minimum.

 Heureusement, les pays dans lesquels on va sont souvent bien équipés pour notre discipline. On trouve des structures adaptées pour grimper avec les piolets, et on complète avec des petites séances de musculation. Entre les salles, les hôtels et les installations locales, on arrive toujours à s'adapter pour maintenir le niveau. »

 

La saison

Comment résumeriez-vous votre saison ?

Tristan : « Franchement, si je dois reprendre ma saison. C'est sûrement la pire que j'ai faite depuis mes débuts. J'ai eu énormément de malchance, alors que j'avais pourtant mis en place tout ce qu'il fallait en préparation. Mais d'une certaine manière, c'est aussi une saison intéressante. Elle montre que le haut niveau est extrêmement exigeant : tu peux être prêt sur tous les plans, avoir tout optimisé, et malgré ça, passer complètement à côté. Ce qui est encore plus marquant, c'est de voir l'inverse avec mon frère. On a eu une préparation assez similaire, et lui réaliser une saison incroyable. Ça rappelle que le niveau est très élevé, et que la concurrence est vraiment forte. »

Louna : « De mon côté, c'est clairement la meilleure saison de ma carrière. J'ai été très régulier, et globalement tout s'est déroulé de manière optimale. Même les jours où je me sentais un peu moins en forme, ça passait quand même. Sur toute la saison, avec les qualifications, les demi-finales et les finales, j'ai dû faire une quinzaine de runs… et il n'y en a qu'un seul que j'ai vraiment raté. Et malheureusement, c'était à un moment clé. Mais à part ça, tout a parfaitement fonctionné. »

 

Avez-vous l'impression que le niveau global de la discipline a explosé ces dernières années ?

Louna : « Oui, clairement. Le niveau a énormément progressé ces dernières années. On voit arriver de plus en plus de jeunes très performants, et de plus en plus tôt. Avant, c'était un sport où l'expérience comptait énormément, avec beaucoup de finalistes autour de la trentaine. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas : les jeunes arrivent très forts, très vite. Le niveau évolue si rapidement que même les ouvreurs ont parfois du mal à s'adapter. Quand on est au cœur du circuit, ce n'est pas toujours évident de prendre du recul. Mais oui, c'est sûr : le niveau global est en train d'exploser, et avec les perspectives comme les Jeux, ça ne va faire qu'accélérer. »

Quels moments marquants retenez-vous de cette saison ?

Tristan : « Je me suis blessé sur la première voie de qualification aux États-Unis. La douche froide, parce que 50 % de la saison venait de me passer sous le nez.  Au début, on n'était pas sûr, mais très vite, la douleur au genou et à la cheville était là, énorme. C'était compliqué de savoir exactement ce qui se passait. En plus, avec le décalage horaire, le personnel était encore endormi en France, donc pas d'infos sur le moment. Entre nos deux voies de qualification, il y avait seulement 30 à 45 minutes pour décider : arrêter ou continuer ? J'ai choisi de continuer. Au final, ma compétition aux États-Unis et au Canada a été un vrai mélange de douleur et de combat, avec une frustration énorme. L'objectif était clair : après une année entière de préparation, je ne voulais pas abandonner. Mais tu sais, à un moment, la douleur devient limite : ton corps impose ses barrières, et certaines choses ne répondent plus. »

Louna Ladevant : « Et surtout, il y avait des choses qu'il ne contrôlait pas, comme l'ouverture des voies, le type de mouvements demandés. Certains mouvements deviennent impossibles à gérer avec une blessure, et c'est aléatoire. »

 

Et toi Louna ? Quels moments marquants retiens-tu de cette saison ?

Louna : « En réalité, toutes les étapes que j'ai gagnées cette année ont été des moments très forts. Mais ce qui rend ces instants encore plus spéciaux pour nous, c'est quand on les partage tous les deux sur le podium. C'est vraiment là que se trouvent les plus grands moments de nos carrières : quand on est ensemble au sommet. Cette année, on n'a pas eu autant de moments comme ça, même si Saas-Fee avait une saveur particulière. C'était ma deuxième victoire consécutive, ce qui ne m'était jamais arrivé avant. Et puis, sur cette compétition mythique, j'ai aussi battu un record personnel : je suis aujourd'hui le grimpeur masculin avec le plus de victoires sur cette étape. C'est forcément un petit objectif en plus qui se réalise. Surtout, ça m'a permis de prendre une vraie avance au classement général. À ce moment-là, la saison était lancée de manière idéale. »

 

Un sport individuel vécu à deux

Comment fonctionne votre relation en compétition et arrivez-vous à imaginer les épreuves l'un sans l'autre ?

Tristan : « L'escalade sur glace est un sport individuel… mais pas pour nous. Jusqu'au moment où on est sur la voie, on fonctionne comme une équipe. On partage toutes les informations, toutes les sensations, tous les détails. Même pendant les compétitions, on échange énormément. Il y a toujours des discussions entre athlètes, mais nous, on garde aussi certaines informations entre nous. On forme un vrai noyau de confiance. »

Louna : « On s'entraîne ensemble presque tout le temps. Il peut arriver que l'un soit fatigué ou blessé, ou qu'on ait des séances différentes, mais c'est assez rare. La plupart du temps, c'est une vraie force.

On a déjà fait des compétitions l'un sans l'autre… mais ce n'est clairement pas la même chose. On arrive à performer, bien sûr, mais il manque quelque chose. On a trouvé un équilibre comme ça, surtout dans un sport assez niche où on n'a pas toujours de staff ou de coach avec nous et on s'est vraiment construit ensemble. »

Comment vivez-vous les moments où vos résultats sont très différents ?

Tristan : « Même quand je ne suis pas à 100 %, je reste impliqué à fond. Sur certaines compétitions, je mets mon énergie au service de Louna. Je l'accompagne en isolement, je l'aide sur le matériel, je m'occupe de certains détails pour qu'il soit dans les meilleures conditions possibles. Et malgré tout, je vis des moments incroyables grâce à ses performances. »

Louna : « Ce n'est pas toujours évident non plus de mon côté. Voir mon frère en difficulté, ça me touche forcément. On partage vraiment tout. Et ses émotions deviennent aussi les miennes. »

Tristan : « Il y a un effet miroir entre nous, et ce n'est pas toujours simple à gérer. Mais malgré ça, chaque réussite de Louna me procure énormément de joie. Ça me permet de vivre des moments forts à chaque étape. Être deux, c'est une vraie force. »

L'alimentation

Quelle place occupe la nutrition dans votre performance et comment gérez-vous vos repas lors de vos déplacements à l'étranger ?

Tristan : « On n'a pas de plan nutritionnel officiel, ni de suivi par un nutritionniste, mais on est très conscients de l'importance de bien s'alimenter depuis tous petits. À la maison, on mange très sainement et quasiment tout bio. C'est un choix de vie, mais aussi une façon de préparer notre corps pour la compétition.

Pendant les voyages, évidemment, c'est un peu plus compliqué. On ne peut pas toujours tout contrôler, surtout sur certaines étapes où l'organisation fournit la nourriture et l'hébergement. Les étapes en Asie, par exemple, sont parfois plus difficiles à gérer à cause des habitudes alimentaires différentes. Mais au final, il y a toujours des alternatives. Du riz, des légumes, des protéines. Et on s'en sort toujours assez bien. L'essentiel, c'est de garder un équilibre global et de rester bien hydraté pour performer. »

Comment abordez-vous l'alimentation spécifiquement pendant les jours de compétition ?

Louna : « Pour nous, la nutrition pendant la compétition est surtout axée sur la récupération. On utilise beaucoup les produits  Energy, comme la boisson Recovery au chocolat. (On l'incorpore même dans nos recettes de pancakes le matin au petit-déjeuner d'ailleurs !) Comme notre sport n'est pas d'endurance pure mais très intense sur quelques minutes, l'apport glucidique n'est pas aussi critique que dans d'autres disciplines. On utilise surtout des boissons isotoniques pendant les phases d'échauffement et l'isolement avant de grimper. Cette année, on a moins utilisé de maltodextrine qu'avant, mais par le passé, on prenait souvent un peu de malto juste avant de grimper pour recharger les réserves glucidiques et avoir l'énergie nécessaire au moment d'attaquer la voie. »



Pourquoi l'hydratation est-elle un facteur clé, même quand vous grimpez par temps très froid ?


Tristan : « L'hydratation, c'est vraiment la base. Notamment dans notre discipline, exercée par temps froid : même si on a l'impression de moins transpirer, le corps perd tout de même beaucoup de liquide et se déshydrate autant, voire plus qu'en été. Comme on ne ressent pas toujours la soif, il faut vraiment s'imposer de boire régulièrement. Pour cela, utilisez des électrolytes . Et notre petite recette préférée, c'est de les mettre dans de l'eau chaude. C'est encore plus agréable à boire après avoir passé plusieurs heures au froid ! 

Pendant les déplacements, c'est encore plus critique. Par exemple, après un long vol comme pour la Corée, l'air sec des avions se déshydrate rapidement. Si tu ne compenses pas avec de l'eau et des électrolytes, ton corps prend un vrai coup. On essaie donc d'être stratégique : boire suffisamment, ajouter des électrolytes pour compenser, mais sans excès pour ne pas généraliser la concentration. Après les compétitions, il est également important de refaire le plein toute la nuit pour récupérer correctement. »

 

La gestion de la pression

Comment le stress influence-t-il vos repas et quel est votre secret pour garder de l'énergie malgré la pression ?

Louna : « Nos journées de compétition sont souvent très longues. On passe des heures à lire la voie, à réfléchir à chaque mouvement, à attendre notre tour… Et tout ce stress, cette attente, peut finir par couper l'appétit. Dans ces moments-là, ce qui fonctionne le mieux pour maintenir un apport glucidique, ce sont les gommes ou les petites collations faciles à digérer. Même sans avoir faim, c'est facile à consommer, agréable et ça ne perturbe pas le corps. C'est comme manger un bonbon, mais avec l'apport nécessaire pour maintenir une énergie suffisante dans le corps avant de prendre le départ. »



Avez-vous une routine mentale particulière pour rester concentré et accepter la pression ?

Tristan : « On n'a pas d'exercices spécifiques à chaque compétition, mais on a beaucoup travaillé la préparation mentale. L'essentiel est d'apprendre à connaître et accepter ses émotions. Le stress est normal. Au lieu de le combattre ou de le refouler, il faut l'accepter : « Oui, je suis dans une situation stressante, c'est normal, je vais stresser. » Cela permet de ne pas cristalliser la tension et d'utiliser cette énergie pour être alerte et efficace sur la voie. En parallèle, la nutrition suit cette logique : il faut des solutions pratiques. Pour nous, ce sont les gommes qui nous accompagnent pendant ces moments, simples à digérer et efficaces. »

 




La gestion des moments difficiles

Comment réagit-on face à une chute , comme au Canada, après un début de saison parfait ?

Louna Ladevant : « Au Canada, c'était un de ces moments… tu sais, quand tout semble sous contrôle et que d'un coup, ça retombe. Je sais à peu près pourquoi je suis tombé : l'axe de ma lame était un peu trop vertical. Ça se joue à rien. Sur le moment, j'étais évidemment très frustré, je me suis même dit « Il fait chier » dans ma tête. Mais paradoxalement, ça devient presque beau à regarder après coup. Ça met en lumière à quel point tu as été bon sur les étapes passées. Sur le moment, j'étais très déçu, mais c'est passé extrêmement vite, beaucoup plus vite que d'autres échecs où le goût amer reste pendant des semaines. »

Tristan Ladevant : « Pour cette course  au Canada, Louna n'avait pas vraiment le choix. La voie le demandait, il fallait grimper engagé et prendre des risques pour gagner. Les autres grimpeurs étaient proches derrière au chrono, c'était la seule manière de faire. »

 



Une prise de recule sur cette saison

Quel regard portez-vous sur cette saison 2026 et comment considérer l'équilibre pour la suite de votre carrière ?

Tristan Ladevant : « Je suis fier d'avoir quand même grimpé et obtenu des résultats malgré tout. Cette expérience m'a fait prendre conscience qu'une saison réussie ne dépend pas uniquement de la préparation ou de l'intensité de l'entraînement.

À l'avenir, le plus important, c'est de trouver le juste milieu : être heureux, motivé, et pouvoir tenir plusieurs années sans s'épuiser. Ce n'est pas parce qu'une saison est plus légère ou que tu as eu une blessure que tu réussiras moins bien. Par exemple, il y a deux ans, malgré une blessure et un entraînement limité, j'ai quand même terminé deuxième sur une étape et quatrième du classement général.

On a une carrière longue derrière nous, et maintenant, il faut savoir équilibrer entraînement, motivation et plaisir, pour rester au top toute la saison sans perdre la flamme. »

Louna Ladevant : 
« Je rejoins vraiment Tristan sur la partie entraînement. Je ne me vois pas refaire une saison de préparation aussi intense. Je n'aurais pas la force ni l'énergie de repartir sur ce schéma-là.

Même si ça a été une excellente saison et que c'est sûrement lié à tous les efforts fournis. Je suis persuadé qu'il est possible de faire une saison tout aussi belle en régulant davantage l'entraînement et en trouvant un meilleur équilibre. »

La suite

Quels sont vos prochains objectifs ?

« On va passer un peu de temps à Chamonix pour faire de l'alpinisme.

On a aussi un gros projet au Pakistan en préparation. C'est une expédition qui va nous demander beaucoup de temps et d'énergie, mais c'est exactement le genre de défi qui nous motive aujourd'hui. »

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui veut se lancer ?

Louna Ladevant :
« Si c'est en milieu naturel, en extérieur, avec une dimension alpine, le plus important, c'est de prendre le temps. Se faire accompagner par un guide, être bien encadré, apprendre correctement les bases.

Et ensuite, il faut pratiquer. C'est vraiment en faisant qu'on apprend le mieux. »

Tristan Ladevant :
« Oui, et surtout, comprendre les risques. C'est essentiel d'avoir le bon niveau d'information pour être pleinement conscient de tous les aspects techniques du sport.

Il faut bien s'entourer pour progresser en sécurité. Et une fois que ces bases sont acquises, il faut y aller à fond : pratiquer, accumuler de l'expérience… faire des kilomètres. »