De l'échappée solitaire au sprint final : le Championnat de France vu par Solène Marnoni Tā Energy

De l'échappée solitaire au sprint final : le Championnat de France vu par Solène Marnoni



À 22 ans, Solène Marnoni a fait le pari du vélo. Elle y est tombée dedans toute petite, dans le sillage de son père et de son demi-frère, avec un premier dossard porté dès l'âge de 6 ans. VTT, cyclo-cross, puis triathlon : la jeune Chambérienne a longtemps multiplié les disciplines, et les titres avec: 

 Championne de France de Duathlon en 2022

Vice-championne du monde de Cross Triathlon junior en 2023

Championne d'Europe Espoirs de Cross Triathlon en 2024

Son palmarès impressionne autant que sa polyvalence.

Mais parmi toutes ces casquettes, une discipline tirait plus fort que les autres. Cette saison, Solène a tranché : direction le cyclisme sur route, à temps plein, sous les couleurs de Chambéry Cyclisme Compétition, en National 1.

Ce virage ne s'arrête pas au guidon. Licence de management du sport en poche et une place en master déjà validée, Solène a choisi de mettre ses études entre parenthèses le temps d'une année de césure, pour se donner toutes les chances de franchir un cap sportif. Un pari qui commence à payer : deux ans après ce choix, les résultats suivent, jusqu'à un mois de juillet 2026 particulièrement intense, ponctué d'un championnat de France de contre-la-montre et d'un beau podium sur route, décroché en costaud.

Rencontre avec une athlète qui carbure autant à la performance qu'au plaisir de rouler.

 

Tu venais de réaliser une belle performance au contre-la-montre, enchaînée avec ton championnat de France sur route. Comment s'est passée ta course ?

«Cette course, je m'en souviendrai longtemps. Dès les premiers kilomètres, le scénario s'est emballé, et il a fallu réagir vite. Au début de la course, une échappée s'est formée, et je n'y étais pas. Notre objectif, c'était d'avoir un maximum de filles du comité Auvergne-Rhône-Alpes à l'avant. Il a donc fallu que je sorte du peloton pour aller rechercher l'échappée. C'était un effort à faire en solitaire : je suis sortie seule, avec environ 40 secondes d'écart à combler. Je les ai comblées en 6 kilomètres, ce qui n'était plutôt pas mal.

Je suis rentrée seule sur une échappée qui comptait alors six coureuses. Le parcours était vraiment exigeant, et la sélection s'est faite naturellement au fil des tours : on est passées de six à quatre, puis trois, puis deux. Dans les 35 derniers kilomètres, on s'est retrouvées à deux, avec un écart suffisamment sécurisé sur le peloton pour ne pas être reprises. Je savais que tout allait se jouer entre nous.

Je savais aussi qu'elle était très forte au sprint, donc j'ai essayé de sortir plus tôt, de tenter des coups avant l'arrivée. Ça n'a pas été fructueux et  je pense que j'ai manqué de confiance à ce moment-là. Physiquement, je me sentais plus forte, mais elle a été plus forte tactiquement. Je n'ai pas réussi à la décrocher assez tôt, et on s'est donc retrouvées ensemble au sprint. Comme elle est plus rapide que moi dans cet exercice, elle m'a devancée d'un quart de roue. Je me suis inclinée, et je termine donc vice-championne d'Île-de-France sur ce scénario-là. »

 

 

Comment as-tu rebondi dans les moments difficiles ?

« Le premier moment vraiment difficile physiquement, c'était quand j'ai dû sortir seule pour rejoindre l'échappée : le peloton aux trousses, et devant, ça roulait très fort aussi. À ce moment-là, tu es seule, et tu te concentres uniquement sur ton propre effort. J'aime bien les exercices de contre-la-montre, donc je me suis dit que c'était exactement ça : un contre-la-montre à faire seule pour rejoindre le groupe de tête. Curieusement, ça a rendu les choses moins difficiles mentalement. Et une fois avec l'échappée, savoir que le titre allait se jouer dans ce groupe-là m'a mise en confiance.

Il y a eu quelques moments difficiles, notamment quand j'ai essayé plusieurs fois de prendre le large et que ça n'a pas fonctionné. À chaque tentative, je me disais que ce n'était pas la bonne, mais qu'il fallait continuer d'essayer jusqu'à ce que ça marche. La course n'était jamais finie, donc je me remobilisais : si ce n'était pas ce coup-ci, ce serait peut-être le suivant. Et même sur la ligne d'arrivée, quand j'ai vu que ça se jouerait au sprint, j'ai tout donné jusqu'au dernier centimètre en me disant que, sur un malentendu, ça pouvait passer. »

 

À quoi ressemble ta semaine type d'entraînement ? T'es-tu adaptée pour cet enchaînement spécifique contre-la-montre puis championnat de France dans la même semaine?

« Je m'entraîne entre 16 et 17 heures par semaine, pour 400 à 500 km. Sur une semaine plus souple, ça tourne plutôt autour de 200 km, avec en complément un gros travail de préparation musculaire. Cet hiver, j'ai fait une grosse préparation axée sur la force. En période estivale, c'est davantage du renforcement, avec beaucoup de sorties vélo.

Pour des courses comme des championnats, ce sont des rendez-vous qu'on coche dans le calendrier. On met donc tout en œuvre spécifiquement pour ces épreuves-là, avec une à deux séances clés par semaine. Ce championnat était particulier car la veille de la course en ligne, j'ai aussi disputé les championnats de France de contre-la-montre, une épreuve que j'avais préparée tout aussi sérieusement. Mon entraînement était donc très orienté contre-la-montre, et je pense que ça a joué en ma faveur sur la course en ligne. Quand j'ai dû sortir seule pour rejoindre l'échappée, je m'appuyais sur cette préparation spécifique. Savoir rouler seule est un vrai atout dans ce genre de contexte. »

Comment gères-tu ta stratégie nutritive ? 

« Je consulte Ombline, la diététicienne-nutritionniste de chez Tā Energy. Je lui demande conseil aussi bien sur la nutrition à l'effort que sur l'alimentation du quotidien. Quand Lucie nous a proposé cette opportunité, je me suis dit que ça pourrait être intéressant de faire un point sur ma façon de m'alimenter, parce qu'on a parfois tendance à manger un peu par habitude, sans trop y réfléchir. Ombline m'a aidée à ajuster les proportions, à manger suffisamment, et à bien m'alimenter sur le vélo. 

Côté effort, j'ai fait beaucoup de progrès ces derniers mois sur ma stratégie nutritive. Avant, je mangeais un peu instinctivement, quand j'avais faim ou quand je savais approximativement qu'il fallait manger. Maintenant, j'essaie vraiment de suivre mon apport en glucides par heure, pour être sûre d'avoir assez de carburant. Sur ma dernière course, j'étais à 87 grammes de glucides par heure.

À l'entraînement, je mange exclusivement du solide car le liquide et les gels, ce n'est pas évident pour moi dans ce contexte. En course, c'est l'inverse et je ne mange quasiment que du liquide des gels, et pas mal d'Iso dans le bidon. Le seul solide, c'est parfois un sachet de gomme juste avant le départ. Donc stratégie liquide en course et plutôt solide à l'entraînement. »

As-tu des saveurs dont tu ne peux pas te passer en course ?

« Dans ma poche, mes indispensables qui m'accompagnent sur toutes mes courses, ce sont les gels saveurs vanille, caramel et framboise salée ! »



Durant la course, tu as également été confrontée à de fortes chaleurs dues à la canicule. Comment as-tu géré ton hydratation ?

« La chaleur était particulière, car il y avait beaucoup d'humidité. On transpirait énormément ce n'était pas une chaleur sèche, c'était vraiment lourd, presque étouffant.

Dans les derniers jours avant la course, j'ai vraiment bu  un maximum d'eau . Mais à un moment, on sature un peu et l'ajout d'électrolytes change beaucoup de choses. D'abord, ça hydrate bien mieux, et en plus, le goût est agréable, ce qui aide à en boire davantage. Donc oui, j'ai utilisé tous les produits à ma disposition côté hydratation. »

Quel conseil donnerais-tu à un(e) cycliste amateur qui sous-estime encore trop l'importance de la nutrition dans sa pratique sportive ?

« L'année dernière encore, je mangeais de façon assez intuitive, un peu au feeling quand j'avais faim, sans vraiment réfléchir. Le vrai déclic, c'est quand tu commences à comprendre la différence que ça fait sur ton corps. Même si tu ne le ressens pas forcément sur le moment, la récupération va beaucoup plus vite quand tu t'alimentes bien.

Mon conseil, c'est avant tout de comprendre pourquoi il faut s'alimenter, et de tester à l'entraînement. Une fois qu'on a ce déclic, on n'a plus qu'une envie : bien manger sur le vélo. »

Après avoir enchaîné tes deux courses, comment as-tu géré ta récupération ?

« Ça m'a fait quatre jours de course en une semaine c'est assez particulier, ça ne m'était jamais arrivé d'avoir autant de jours de course dans la même semaine. Entre les épreuves, à peine une demi-heure à une heure après la course, je prenais ma  post-training. Ma saveur préférée, c'est caramel : le goût en bouche est tellement bon, on dirait du vrai caramel ! »

As-tu un petit rituel d'après-course ?

« Avec la période de canicule, mon tout premier réflexe, c'était de me rafraîchir : boire beaucoup, et quand j'en avais l'occasion, aller directement dans l'eau ou utiliser des glaçons pour faire chuter la température corporelle rapidement.

Mon deuxième réflexe, c'est d'aller rouler un peu en douceur,  surtout quand on enchaîne plusieurs jours de course comme là. Ça permet de dérouler l'effort et d'éviter de rester bloquée sur une sensation de jambes congestionnées plutôt que de s'arrêter net.

Et le troisième réflexe, c'est de m'alimenter et de me réhydrater tout de suite. »

Maintenant que tu es vice-championne de France, c'est quoi la suite ? Quels sont tes prochains objectifs ?

« Il va encore se passer beaucoup de choses cet été. En vélo, on a des championnats de France par équipes de clubs : un classement général sur quatre étapes. Pour le moment, on est deuxièmes, donc on a évidemment envie d'aller chercher le titre d'ici la fin de la saison. Une nouvelle manche arrive d'ailleurs très bientôt.

Sinon, pour la suite, j'ai eu l'opportunité de passer stagiaire dans une équipe professionnelle. Je vais courir deux à trois courses professionnelles avec les filles de l'équipe, porter leur tenue... C'est déjà une belle immersion dans le grand bain, et j'espère que ça pourra déboucher sur un contrat pour l'année prochaine. Ça s'est accéléré pendant l'été, je ne m'attendais peut-être pas à ce que ça arrive aussi vite. Mais en même temps, ça récompense le travail fourni.»

Quel conseil donnerais-tu à quelqu'un qui souhaite se mettre au cyclisme à haut niveau ?

« La première chose, tout le monde le dit, mais c'est particulièrement vrai : il faut prendre du plaisir. Tout ce que tu fais à l'entraînement et en course doit rester une source de plaisir, parce que sans ça, ni le corps ni la tête ne suivront. C'est le premier conseil.

Et une fois que tu prends plaisir à t'entraîner, il faut être patiente : les résultats finissent toujours par arriver, et tous les efforts sont récompensés. »